Biochar et vie du sol : pourquoi faut-il l’ensemencer ?
Le biochar est souvent présenté comme une éponge capable de retenir l’eau et les éléments nutritifs. Cette image permet de comprendre une partie de son intérêt, mais elle ne dit pas tout. Car le biochar n’est pas un engrais et il ne rend pas, à lui seul, un sol fertile.
Son véritable potentiel apparaît lorsqu’il est associé à la matière organique et à la vie du sol. Avant de l’incorporer au jardin, il est donc préférable de le préparer : l’humidifier, le charger en éléments nutritifs et le mettre en contact avec des micro-organismes. C’est ce que l’on appelle couramment activer ou ensemencer le biochar.
Le biochar : une structure durable au service du sol
Le biochar est obtenu par pyrolyse : une biomasse végétale est chauffée à température élevée dans un milieu pauvre en oxygène. Une grande partie du carbone qu’elle contient est alors transformée en une forme particulièrement stable.
Le produit obtenu possède une structure poreuse. Selon la matière première, la température de fabrication et la qualité du procédé, cette structure peut contribuer à :
- retenir une partie de l’eau et des éléments nutritifs ;
- limiter leur entraînement en profondeur par les arrosages et les pluies ;
- améliorer certaines propriétés physiques du sol ;
- offrir des surfaces d’échange au sein de la terre ;
- stocker durablement du carbone dans le sol ;
- augmenter la population des micro-organismes du sol.
Tous les biochars ne sont cependant pas équivalents. La teneur en carbone, la surface spécifique, la taille des pores, le pH, la granulométrie et l’absence de contaminants sont autant de critères importants. Le résultat dépend également du sol, du climat, des cultures et de la manière dont le produit est préparé puis incorporé.
Une maison qui doit encore être habitée
On compare volontiers le biochar à une maison destinée aux micro-organismes. Ses cavités peuvent offrir des zones protégées et retenir de l’humidité ou des substances nutritives à proximité.
Cette comparaison reste une image : toutes les cavités ne sont pas accessibles aux organismes du sol et un biochar neuf ne se couvre pas instantanément d’une vie abondante. Son influence se manifeste aussi dans la zone de terre qui l’entoure, parfois appelée charosphère, où ses propriétés modifient les échanges d’eau, de minéraux et de matière organique.
Le biochar constitue donc moins une solution autonome qu’un support durable autour duquel la vie du sol peut s’organiser.
Cette biodiversité invisible qui nourrit les plantes
Un sol vivant abrite une communauté extrêmement diversifiée : bactéries, champignons, levures, protozoaires et de nombreux autres organismes microscopiques. Les racines vivent en interaction permanente avec cette communauté.
Ces organismes participent notamment à :
- la décomposition et à la transformation de la matière organique ;
- la mise à disposition de certains éléments minéraux ;
- la circulation de l’azote, du phosphore et d’autres nutriments dans le sol ;
- la formation et à la stabilité des agrégats du sol ;
- certaines relations bénéfiques autour des racines ;
- l’équilibre biologique de la rhizosphère ;
- la santé du végétal ;
- la stimulation de l’activité végétale.
Certaines bactéries vivant en association avec les légumineuses — luzerne, trèfle, pois ou haricots, par exemple — participent à la fixation de l’azote atmosphérique. D’autres micro-organismes peuvent contribuer à rendre assimilable une partie du phosphore ou du fer présent dans le sol.
Les champignons mycorhiziens forment, quant à eux, des associations avec les racines de nombreuses plantes. Leurs filaments prolongent la zone explorée autour des racines et facilitent les échanges avec le sol. Toutes les familles végétales ne sont toutefois pas réceptives aux mêmes mycorhizes : les choux, les radis, les navets, les betteraves ou les épinards, notamment, ne répondent pas aux inoculums mycorhiziens habituellement proposés au jardin.
Pour mieux comprendre ce monde invisible, découvrez également notre article sur l’incroyable vie du sol.
Pourquoi préparer le biochar avant de l’incorporer ?
À sa sortie de fabrication, le biochar est encore peu chargé en eau, en nutriments et en matière organique. S’il est incorporé directement et en quantité importante, il peut fixer temporairement une partie des éléments présents dans son environnement immédiat.
Le préparer permet de mettre à profit ses capacités de rétention avant son arrivée au contact des racines. Cette préparation poursuit trois objectifs :
- l’humidifier, pour faciliter sa manipulation et réduire la poussière ;
- le charger, en le mettant en contact avec des éléments nutritifs et de la matière organique ;
- l’ensemencer, en l’associant à une communauté microbienne diversifiée.
Cette étape ne transforme pas le biochar en engrais. Elle l’intègre simplement dans un ensemble vivant et nutritif beaucoup plus cohérent.
Le compost : un partenaire particulièrement intéressant
Le compost mûr constitue l’une des solutions les plus simples pour préparer le biochar. Il apporte de la matière organique transformée, des éléments nutritifs et une communauté biologique issue de son environnement.
Le compost produit dans le jardin présente un intérêt supplémentaire : une partie de ses micro-organismes est déjà adaptée aux matières, au climat et aux conditions locales. Le mélange du biochar au compost, ou son ajout progressif dans le composteur, permet de le charger avant son incorporation au sol.
Il faut néanmoins utiliser un compost réellement mûr : sa température doit être revenue à celle du milieu, son odeur doit rappeler celle de la terre forestière et les matières d’origine ne doivent presque plus être reconnaissables.
Quelle place pour les extraits végétaux fermentés ?
Les extraits fermentés peuvent compléter cette préparation. Ils apportent des composés solubles issus des végétaux utilisés et créent un milieu favorable au chargement du biochar. Ils contiennent des levures et des bactéries (surtout des bactéries lactiques, protectrices contre les pathogènes).
La luzerne, l’ortie et la consoude offrent des profils complémentaires :
- la luzerne, légumineuse, est particulièrement intéressante dans une préparation orientée vers la vie du sol et la nutrition végétale ;
- l’ortie est traditionnellement employée pour accompagner la croissance et l’activité biologique ;
- la consoude complète le mélange par la richesse de sa composition minérale, notamment en potassium.
L’intérêt d’une association de plusieurs extraits réside moins dans la recherche d’un organisme unique que dans la diversité des composés apportés. Ces extraits ne remplacent pas le compost : ils jouent un rôle complémentaire dans la mise en condition du biochar.
Les extraits végétaux fermentés peuvent compléter cette préparation.
D’autres méthodes existent
Le bokashi, certaines préparations de micro-organismes locaux, les extraits de compost ou encore un fumier bien composté peuvent également être utilisés. Leur qualité dépend toutefois beaucoup de leur fabrication, de leur conservation et de leur provenance.
Le fumier demande une vigilance particulière : il doit être suffisamment décomposé et provenir, si possible, d’un élevage dont les pratiques sont connues. Lorsqu’un doute existe, un compost mûr et bien maîtrisé reste généralement plus simple pour le jardinier.
Les inoculums mycorhiziens répondent à une autre logique. Ils doivent être placés au plus près des racines d’une plante compatible, lors de plantations ou de semis, conformément aux recommandations du fabricant. Les verser simplement sur l’ensemble du biochar ne garantit pas leur efficacité.
Ces échanges souterrains rappellent pourquoi, au jardin, tout commence par les racines.
Un biochar à adapter au sol
La plupart des biochars produits à partir de bois présentent un pH alcalin. Ils peuvent donc être particulièrement intéressants dans certains sols acides ou neutres, mais doivent être utilisés avec davantage de prudence dans une terre déjà très calcaire ou auprès de plantes acidophiles.
Le biochar ne doit pas être considéré comme une recette identique pour tous les jardins. Avant son utilisation, il est utile d’observer :
- la texture du sol ;
- son pH ;
- sa teneur en matière organique ;
- sa capacité à retenir l’eau ;
- les besoins des plantes cultivées.
L’incorporation de compost et le maintien d’un paillage organique permettent ensuite de nourrir et de protéger l’activité biologique. Le biochar complète ces pratiques ; il ne les remplace pas.
Dans notre jardin, dix années de recul
Lorsque nous nous sommes installés, nous avons fabriqué artisanalement une petite quantité de biochar et l’avons incorporée dans différentes zones de culture, avec d’autres matières destinées à améliorer le sol. Nous avions alors conservé des croquis indiquant la composition de chaque zone.
Une dizaine d’années plus tard, nous constatons que plusieurs de ces espaces restent parmi les plus fertiles du jardin. Cette observation ne permet pas d’attribuer tout le résultat au seul biochar : le compost, les matières organiques, les plantations et les pratiques culturales ont évidemment joué leur rôle. Elle illustre néanmoins un point essentiel : le biochar prend tout son sens dans une stratégie durable de construction du sol.
C’est également ce que nous expliquons lors des visites du jardin et dans les conférences d’Alain : on ne nourrit pas seulement une plante pour une saison. On cherche à créer les conditions permettant au sol, aux racines et aux micro-organismes de travailler ensemble dans la durée.
Biochar, matière organique et micro-organismes : une association à construire
Le biochar n’est donc ni un produit miracle ni un simple charbon à répandre sur le sol. Sa qualité compte, mais la façon de l’utiliser compte tout autant.
Un biochar bien choisi, humidifié et préparé avec des extraits végétaux fermentés et un compost mûr peut s’intégrer progressivement à la vie du jardin. Il devient alors l’un des éléments d’un ensemble plus vaste associant carbone stable, matière organique, eau, minéraux, racines et micro-organismes.
C’est cette approche que nous souhaitons développer chez Alter Eden : proposer un biochar français sélectionné pour ses caractéristiques, mais aussi donner aux jardiniers les moyens de le préparer et de l’utiliser correctement.
À venir : notre biochar, son activateur à base d’extraits végétaux fermentés et un guide pratique d’utilisation offert aux acheteurs.
Nos produits
- Biochar Alter Eden (bientôt disponible – fin septembre)
- Activateur pour Biochar (bientôt disponible – fin septembre)
Pour aller plus loin
- The potential of biochar as a microbial carrier for agricultural and environmental applications
- Response of microbial communities to biochar-amended soils: a critical review
- Life in the “charosphere” – Does biochar in agricultural soil provide a significant habitat for microorganisms?
